Un sentiment de solitude

Un sentiment de solitude

28 février 2019 0 Par Vincent

Le monde n’a jamais été aussi connecté. Les nouvelles technologies nous offrent la possibilité de communiquer  instantanément avec n’importe qui, peu importe l’endroit où se trouve notre interlocuteur / interlocutrice.

Pourtant, la solitude est plus présente que jamais. Il n’est pas question ici de la solitude choisie. Celle qui nous permet de nous recentrer, de remettre de l’ordre dans notre intérieur.  Celle-ci constitue un élément indispensable à tout acte de création. Elle est l’amie des écrivains, peintres ou musiciens en quête d’inspiration. La solitude à laquelle nous nous référons ici est synonyme de grande souffrance pour les personnes qui la subissent. Certaines d’entre elles possèdent pourtant un cercle de relations étendu. Cela ne les empêche pas de se sentir tristement seules, même au milieu des gens. Mais alors, d’où vient ce sentiment de solitude?

C’est à cette question que tente de répondre Monique de Kermadec, psychologue, psychanalyste et écrivaine. Dans Un sentiment de solitude, elle partage avec nous le fruit de ses recherches ainsi que son expérience de clinicienne avec des patients souffrant de ce qui est devenu “le mal du siècle”.

La solitude, un mal-être pas toujours reconnu

Tout le monde est confronté à la solitude à un moment ou à un autre de son existence.  Perte d’un être cher, maladie, échec brutal nous plongent dans un désespoir inéluctablement lié à un sentiment de solitude. Cependant, le temps panse les blessures et tôt ou tard, ce sentiment de solitude disparaît. Il existe une autre forme de solitude, plus pernicieuse celle-là. Elle n’est pas toujours identifiée pour ce qu’elle est et constitue souvent le début d’un cercle vicieux. Elle amène l’individu à adopter des comportements renforçant ce terrible sentiment de solitude. Celui-ci se traduit tout particulièrement par un sentiment de rejet, d’exclusion. La personne qui en souffre se sent incomprise et mal-aimée.

Il y a encore peu, la solitude touchait tout spécialement les personnes âgées. Aujourd’hui, toutes les tranches d’âge sont concernées. De plus en plus de jeunes sont happés dans la spirale de la solitude. Ce phénomène a pris une telle ampleur qu’il est devenu un réel problème de société. Certaines études ont d’ailleurs démontré que le sentiment de solitude avait une influence néfaste sur la santé – système immunitaire affaibli, augmentation de la pression artérielle, etc. Les personnes souffrant d’un sentiment de solitude ont une perception du monde extrêmement négative. L’esprit se trouvant en constant état d’alerte n’arrive plus à trouver le repos. S’ensuit un cycle où s’installe une fatigue chronique propice à l’aggravation du sentiment de mal-être et l’apparition d’émotions destructrices.

Comment naît le sentiment de solitude ?

Mais comment donc expliquer ce phénomène ? Il faut certainement remonter à la petite enfance pour découvrir ses racines. À la naissance, un nourrisson se trouve dans un état fusionnel avec sa mère. Si celle-ci lui donne tout l’amour dont il a besoin, l’enfant peut grandir de manière harmonieuse. Se sentant aimé et protégé, toutes les conditions sont réunies pour en faire un adulte équilibré. À l’inverse, un manque d’amour envers un enfant peut avoir de graves répercussions par la suite. Devenu adulte, celui-ci continuera à chercher dans l’autre l’amour qu’il n’a pas reçu étant petit. Lorsque l’autre ne satisfait pas ce désir, un terrible sentiment de solitude apparaît dans l’individu, provoquant chez lui une vive souffrance.

Importance de la relation mère – enfant

Le psychanalyste britannique John Bowlby a mis en lumière l’importance capitale de la relation mère – enfant dans le développement de ce dernier. Selon Bowlby, la qualité de cette relation va en grande partie déterminer la capacité de l’individu à interagir avec ses paires par la suite. Sa théorie de l’attachement prouverait donc le besoin fondamental de l’être humain d’être attaché à l’autre – à commencer par sa mère. Comme le dit Aristote, “ l’homme est un animal social ” et la relation avec sa mère constituerait le fondement de l’apprentissage de la solitude. Si cette relation est sécurisante pour l’enfant, il pourra alors l’intérioriser de manière à garder constamment en soi le souvenir de l’amour maternel. Dès lors, l’absence physique de la mère ne représente plus un motif d’angoisse. Cette étape est capitale dans le développement d’un individu. Elle lui permet de prendre conscience de son individualité.  Libéré de l’angoisse de l’absence maternelle, l’individu est alors armé pour développer des rapports sains avec autrui.

D’autres facteurs objectifs et subjectifs entrent également en ligne de compte dans la construction des capacités relationnelles de chacun. Chaque interaction avec l’extérieur influe d’une certaine manière sur le développement de l’individu. Cependant, l’incidence des relations enfants-parents dans la petite enfance sur l’intelligence émotionnelle n’est plus à démontrer.

La société moderne, grande créatrice de solitude

Comment se fait-il que ce sentiment de solitude ait pris de telle proportions ? A cela, on peut trouver une multitude de raisons. Toutefois, il est clair que la société dans laquelle nous vivons est propice à l’apparition d’un tel phénomène. Tout va de plus en plus vite.  Les petits commerces ferment les uns après les autres, délaissés au profit des grandes surfaces. Les centres-villes se vident, alors que les immeubles deviennent de plus en plus grands, décourageant les interactions entre ses habitants. Les entreprises délocalisent, allongeant le temps passé à se rendre à son lieu de travail.

Cette accélération globale a bien entendu un impact certain sur notre manière de communiquer. Les gens n’ont plus le temps pour une conversation, aussi anodine soit-elle. Fatalement, de nouveaux moyens de communication ont vu le jour. E-mail d’abord, puis smartphones, réseaux sociaux et autres vidéoconférences ont fait une entrée fracassante dans nos existences. En quelques années, ils sont devenus les moyens de communication privilégiés d’un nombre de personnes toujours croissant, tout particulièrement les jeunes. Ils permettent de créer des relations virtuelles à tour de bras. Pourtant, ceux-ci ne remplacent en rien le contact direct. Ils constituent un filtre déformant faussant totalement la nature des rapports humains. Comment exprimer son sentiment de solitude à des personnes heureuses et épanouies, sirotant un cocktail au bord d’une piscine à Hawaï ? Ce type de relation illusoire ne peut qu’engendrer frustration et angoisse et enfoncer l’individu encore plus dans sa solitude.

De la collaboration à la compétition

Les valeurs matérialistes sont également pour beaucoup dans ce désastre relationnel. Dès leur plus jeune âge, les individus sont confrontés à une compétition effrénée dont le but ultime consiste à gagner un maximum d’argent. “Chacun pour soi et tous contre tous”, tel semble être le leitmotiv de notre société actuelle. On assiste à une glorification de l’individu au détriment du groupe. Celle-ci se traduit entre autres par une négation des hiérarchies dont la conséquence directe est une désolidarisation de l’Autre. On retrouve ce phénomène jusque dans les familles et les écoles, où l’avis de l’enfant est de plus en plus sollicité. Privé de repère, encouragé à se démarquer à tout prix, celui-ci en arrive à ne plus savoir comment se comporter en groupe.

Il devient alors évident qu’un tel environnement ne peut qu’amener les individus les plus sensibles à  s’isoler et se replier sur eux-mêmes.

Comment faire pour surmonter la solitude ?

L’auteur du livre nous donne quelques pistes pour éviter de tomber dans cette solitude si redoutée. Privilégier le contact direct avec l’autre, ne pas céder à l’omniprésence des écrans de toutes sortes, pratiquer la méditation, marcher plus… Il est également primordial de vivre dans le présent, sans s’accrocher à ses fantasmes de perfection. Faire tomber les masques et s’accepter tel que l’on est, sans chercher à tout prix à se conformer à l’image parfaite que l’on aimerait montrer aux autres. Cette fausse image de soi est un grand frein à l’épanouissement de la personnalité.

La façon d’approcher sa solitude différera certainement d’un individu à l’autre. Dans tous les cas, l’amour de soi et de l’autre sont des éléments cruciaux pour parvenir à dépasser son sentiment de solitude et nouer des relations saines et harmonieuses.

Un guide pour mieux appréhender la solitude

La société actuelle ne nous encourage pas à nous rapprocher de l’Autre. Pourtant, l’homme a un besoin existentiel d’entrer en relation avec ses congénères. Il se nourrit de ses relations, qui lui permettent de s’épanouir autant émotionnellement qu’intellectuellement. Monique de Kermadec expose le problème de manière très complète. Un sentiment de solitude est un ouvrage extrêmement bien écrit et référencé. Il offre de nombreuses pistes permettant de mieux comprendre un phénomène en constante évolution. Ce livre est à recommander pour toute personne désireuse de se sortir de la spirale de la solitude.